Le Maroc avance dans l’exploration de ses ressources en minerais critiques. Sur le littoral atlantique, entre Tan-Tan et Tarfaya, le projet TitanBeach entre dans une nouvelle phase avec l’obtention d’une concession minière de 16 km² et la préparation d’une usine pilote de traitement des sables titanifères.
Le projet est porté par la société canadienne Steadright Critical Minerals, à travers sa filiale marocaine NSM Capital. Les partenaires souhaitent désormais tester les procédés de traitement du minerai avant d’envisager un développement industriel plus large.
TitanBeach Tan-Tan : une concession de 16 km²
Le projet TitanBeach s’étend sur un périmètre d’exploration d’environ 192 km². Les autorités marocaines ont accordé, le 12 août 2026, une licence d’exploitation portant sur une zone de 16 km².
Selon Steadright, cette autorisation constitue une première au Maroc pour l’exploitation de sables à minéraux lourds sur le littoral atlantique.
Le gisement cible des sables noirs contenant différents minéraux lourds, notamment l’ilménite, le rutile, la titanomagnétite, la magnétite et la leucoxène. Des travaux d’exploration réalisés en 2025 ont notamment relevé des teneurs pouvant atteindre 14,9 % en dioxyde de titane (TiO₂) dans certains échantillons.
Une usine pilote pour tester le traitement du minerai
Après l’obtention de la concession, les partenaires ont accéléré la préparation de la prochaine étape.
NSM Capital et la société marocaine Homme Construction ont créé une structure commune baptisée Shan Tang Mining. Cette entité a ensuite conclu un accord-cadre avec un groupe d’ingénierie et de construction appartenant à l’État pour préparer et exploiter une usine pilote sur le site.
Cette installation doit notamment permettre de tester les procédés d’enrichissement et de traitement des sables minéralisés.
Pour l’heure, le projet reste donc dans une phase de validation. Le développement d’une exploitation industrielle de plus grande ampleur dépendra notamment des résultats obtenus avec l’unité pilote.
Un investissement de 190 millions de dirhams annoncé
Sur le plan financier, le projet prévoit également une première enveloppe significative.
Interrogé par TelQuel, L. Jouak, dirigeant de NSM Capital, a évoqué un investissement d’environ 190 millions de dirhams pour la première année. Il a également indiqué que le groupe chinois China National Building Material (CNBM) devait assurer l’investissement associé au projet.
Cette enveloppe doit accompagner les premières étapes de développement du site et la préparation des infrastructures nécessaires au traitement du minerai.
Il convient toutefois de présenter ce montant comme une estimation annoncée par les responsables du projet, et non comme un investissement déjà entièrement décaissé.
Le projet veut privilégier la transformation locale
L’un des principaux enjeux de TitanBeach réside dans la transformation du minerai au Maroc.
L. Jouak a expliqué à TelQuel que les promoteurs ne souhaitaient pas simplement extraire les sables et les exporter. Leur ambition consiste à installer une capacité industrielle permettant de produire un matériau davantage transformé sur place.
Cette orientation pourrait permettre au Maroc de capter davantage de valeur ajoutée autour de ses ressources minières.
Pour l’instant, cependant, la nature exacte des produits qui sortiront de la future installation dépendra des résultats de la phase pilote et des choix techniques retenus.
Pourquoi le titane intéresse les industriels
Le titane et les minerais qui permettent de le produire occupent une place croissante dans les chaînes d’approvisionnement industrielles.
Le métal se distingue notamment par sa légèreté, sa résistance mécanique et sa forte résistance à la corrosion. Ces propriétés expliquent son utilisation dans plusieurs secteurs, notamment l’aéronautique, la défense, le médical et certaines applications industrielles.
Le dioxyde de titane possède également des débouchés importants dans l’industrie, notamment comme pigment blanc.
Les États-Unis, le Canada et l’Union européenne classent par ailleurs le titane parmi les minerais considérés comme critiques ou stratégiques, ce qui renforce l’intérêt pour la diversification des chaînes d’approvisionnement.
Tan-Tan pourrait bénéficier des retombées du projet
Le projet présente enfin un enjeu économique pour le territoire.
Selon L. Jouak, la première phase pourrait générer entre 100 et 150 emplois directs, tandis que les retombées indirectes pourraient concerner un nombre beaucoup plus important de personnes. Ces estimations restent toutefois celles communiquées par les responsables du projet.
Dans les prochaines semaines, les promoteurs doivent poursuivre les études, préparer les infrastructures et préciser les modalités techniques de l’usine pilote.
Si les essais confirment la viabilité du procédé, TitanBeach pourrait alors passer à une étape industrielle plus importante.
TitanBeach Tan-Tan : une nouvelle étape pour les minerais critiques
Avec sa concession de 16 km², son usine pilote en préparation et un investissement initial annoncé autour de 190 millions de dirhams, TitanBeach Tan-Tan entre dans une phase plus concrète.
Le projet reste néanmoins à un stade de développement. Les résultats de l’usine pilote seront déterminants pour évaluer le potentiel d’une exploitation industrielle à plus grande échelle.
Pour le Maroc, l’enjeu dépasse ainsi la seule extraction du minerai : il s’agit aussi de déterminer dans quelle mesure cette ressource peut être transformée localement et intégrée à de nouvelles chaînes industrielles liées aux minerais critiques.
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